Mars et Vénus


(Paroles de Psy)
Entre Mères et Pères, de la différence au déni.

Il y a à peine plus d’un siècle, Oscar Wilde avait une vision des femmes que les sociétés occidentales d’aujourd’hui bruleraient sans ménagement sur le bucher du féminisme : « Nous les avons émancipées depuis peu, mais les femmes restent des esclaves se cherchant un maître ». Cet intellectuel britannique connu pour sa théorie esthétique ne mesurait sans doute pas la portée historique et politique que prendrait cette phrase au moment où il l'a écrite : condamné par l'Angleterre victorienne pour son homosexualité, encensé un siècle plus tard pour le même motif, et en même temps ostracisé par notre société pour ce qu'elle appellerait « sa misogynie ».

Pourtant, Lacan a repris la même phrase en y ajoutant : [... esclaves se cherchant un maître « pour le soumettre »]. Et Christopher Lasch, spécialiste de l’histoire de la famille et des femmes, conclut par cette passe d'armes : « La femme moderne ne peut résister à la tentation de vouloir dominer son mari ; et si elle y parvient, elle ne peut s'empêcher de le haïr ».
  • La fonction maternelle est « naturelle »
  • La fonction paternelle est « culturelle »
Dans les années 1970, le pédopsychiatre Aldo Naouri commença à parler des effets qu'avait sur les enfants la disparition progressive des pères dans la famille moderne. Revenant aux origines de l'humanité, Naouri prend peu à peu conscience que le père est une invention récente dans l'Histoire de l'humanité (trois mille ans, tout au plus) ; invention capitale pour interdire l'inceste et mettre un obstacle à la fusion entre l'enfant – être fait de pulsions – et la mère – destinée à satisfaire ses pulsions. Mais le père, création culturelle née de l'évolution de l'humanité à un moment particulier de son histoire, a besoin du soutien de la société pour s'imposer à la puissance dominatrice maternelle, naturelle et irrésistible. Le père incarne la loi et le principe de réalité contre le principe de plaisir. Il incarne au sein de la famille l'autorité qui canalise et refrène les pulsions des enfants pour leur apprendre à les sublimer. Quand l'enfant devient un adulte accompli, l’autorité du père lui a permis d’intérioriser la loi. Il n'a plus besoin de la présence réelle du père, ni d'aucune autorité extérieure, car est alors capable de vivre selon les règles et les lois que son père lui a transmises durant les 18 premières années de sa vie.

Sans le soutien de la société, le père n'est rien. À partir du moment où la puissance paternelle est abattue par la loi d'un pouvoir arbitraire, le matriarcat règne. L'égalité devient déni de la différence entre l'homme et la femme, entre le père et la mère. Le père n'est plus légitime pour imposer la loi. Il est sommé de devenir une deuxième mère. « Papa-poule », chassé ou castré, il n'a pas le choix. La loi de 1970 sur l'autorité parentale est un oxymore : la fonction paternelle est éjectée de la société occidentale, le père est occis, mort. Mais avec lui, c'est la famille qui meurt. Quarante ans plus tard, les revendications en faveur de l'homoparentalité ne sont pas surprenantes : la famille traditionnelle l'avait déjà instauré dès lors qu'elle ne prenait plus en considération la différence sexuelle entre la mère et le père pour définir leurs fonctions et rôles respectifs.

La destruction de la famille occidentale arrive aujourd’hui à son dénouement. Nous revenons peu à peu vers une humanité des origines, avant la loi qu'elle s'était donnée pour s’humaniser en interdisant l'inceste : une humanité barbare, sauvage et inhumaine. L'enfer au nom d'une égalité qui n'est autre qu'un déni des différences, et pour une illusion de la liberté. L'enfer au nom du bonheur illusoire. Pascal nous avait prévenus : « Qui fait l'ange fait la bête ».

Chacun l’aura compris, la dimension politique à retenir de cette analyse renvoie à la question du pouvoir et de l’autorité. Dans la grande famille que constitue un pays, une nation, qui s’est arrogé la fonction symbolique du père ? Et dans quel but ?

Pas besoin d’être sorcier pour comprendre l’habileté d’un pouvoir qui cherche à assoir son autorité sur un peuple en décapitant celles des hommes qui la portent individuellement dans la cellule familiale pour la transmettre aux enfants, qui la porteront à leur tour une fois adulte. On assiste depuis un demi-siècle à une féminisation de la société dans laquelle seules les mères gardent leur fonction maternelle naturelle, les pères étant réduits à être des non-pères, égalité des sexes oblige.

L’avenir des sociétés occidentales prend le chemin inverse de celui des libertés individuelles, pour entrer dans un régime où l’autorité éducative des pères sera déportée et centralisée entre les mains du pouvoir politique. Autrement dit, le contraire de la démocratie, le pouvoir individuel de chaque citoyen ayant été habilement confisqué par l’abolition de la fonction paternelle décrétée par une poignée d’individus décidés à prendre le pouvoir absolu sur les peuples et à les contrôler. 

Pour résister à l’instauration d’un projet aussi hégémonique, les femmes et les hommes ont intérêt à retrouver chacun une place capable d’empêcher la destruction de la famille. Et si, par nature, la femme se définit comme « se cherchant un maître pour le dominer », l’homme, lui, doit se définir par « celui qui résiste à la domination féminine ». C’est le mythe d’Ulysse traversant la mer d’Égée : il s’enchaîne au mât de son navire, faute de quoi il tomberait sous l’emprise des sirènes et ne retrouverait jamais Pénélope qui attend le retour de son maître... pour le dominer !
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Paul Dussert
Votre Psy en ligne

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