samedi 13 septembre 2014

La crise de l’adolescence :
une crise d’amour

(Paroles de Psy)

« Je t’aime, moi non plus »

« Vivre ensemble nous tue, nous séparer serait mortel »

« Quoi de plus violent que l’amour ? »


Dans un couple, il arrive que l’amour soit si intense que la liberté de chacun se voit réduite à une dépendance à l’autre. Contrairement aux idées reçues, c’est probablement la première cause de divorce, ou de séparation, qui pousse celui ou celle qui se sent piégé dans cet enfermement à rompre le lien d’aliénation à l’autre. Le plus étrange, c’est que pour sortir de cette emprise amoureuse les protagonistes n’y parviennent qu’au prix d’une crise, souvent violente, pathétique et affligeante. Aux yeux de tous, cette traversée qui conduit au naufrage du couple est perçue comme un drame du désamour : « je ne t’aime plus ». 

Eh bien je puis vous affirmer que c’est tout le contraire, ce drame est une crise d’amour, que l’inconscient a déguisé en désamour pour les besoins de la cause : « je t’aime trop, plus que moi-même, ce qui me conduit à faire toute chose pour toi, et rien pour moi, pour répondre à tes seules attentes, et jamais aux miennes. Si je veux vivre et exister, ne plus être esclave du lien qui m’aliène à toi, je dois te quitter ». Malheureusement, ce discours est inconscient, le plus souvent. En prendre conscience permettrait de se séparer « un peu », plutôt que d’aller vers un divorce ou une séparation radicale : « Je t’aime tellement que si je veux vivre et exister – par moi-même et pour moi-même – je dois sortir de l’emprise qui m’enferme dans notre prison amoureuse ». 

Cette introduction permet de comprendre autrement la difficile période de l’adolescence qui plonge la famille dans une crise, tout aussi violente, pathétique et affligeante, que celle qui conduit un couple vers le naufrage fatal. Les liens d’amour réciproques qui lient le parent à son enfant n’échappent pas aux affres décrites ci-dessus (la seule différence, c’est qu’ils ne sont pas érotisés ; du moins cette dimension n’est-elle pas perceptible, consciemment, interdit de l’inceste oblige). 

Avez-vous déjà essayé de vous séparer d’une personne que vous aimez plus que tout ?

C’est pourtant bien ce qui se passe pour l’ado, lorsqu’il prend conscience qu’il va devoir quitter maman, et s’éloigner de papa, pour avancer dans sa vie. Il sait que cette séparation est inévitable, aussi douloureuse soit-elle, s’il veut échapper à l’emprise parentale, et se soustraire de l’autorité à laquelle il s’est soumis par amour. Car l’amour de l’enfant pour ses parents ne lui a pas laissé d’autre choix que leur obéir, se soumettre à leurs désirs.    

Avez-vous déjà été quitté par une personne que vous aimez plus que tout ?

C’est pourtant ce qui vous arrive lorsque votre enfant se transforme en adulte, avant de vous quitter. 

La crise qui accompagne cette période est du même ordre que la crise d’amour décrite en introduction. C’est bien pour cela qu’elle est souvent perçue comme une crise de désamour… En prendre conscience permet au parent d’accepter la séparation, voire de s’en réjouir pour le bonheur de son enfant : « Je t’aime tellement que si je veux te voir vivre heureux et exister – par toi-même et pour toi-même – je dois t’aider à sortir de l’emprise qui t’enferme dans l’amour aliénant que tu me portes ». Cette prise de conscience permet à l’ado comme au parent de faire face à la séparation, aussi douloureuse soit-elle, sans pour autant en passer par une rupture radicale du lien. Lien qui au contraire s’en trouvera renforcé, car dépouillé des scories de la possessivité.  


Ainsi, il devient possible de porter un autre regard sur cette délicate traversée qui conduit l’enfant jusqu’à l’orée de sa vie d’adulte. On ne parlera plus de l’âge « ingrat », mais de l’éclosion victorieuse d’une très belle histoire d’amour. 

L'immense majorité de l'humanité est habitée par l'amour, même quand elle semble n'en rien savoir. Mais ce que les humains ignorent, et qui les conduit à la barbarie, c'est que rien n'est plus porteur de violence que cet amour qui les habite ; et quand le volcan se réveille, il dévaste tout sur son passage. Apprendre ça à nos enfants est plus important que leur apprendre l'art de la guerre, car c'est le seul moyen de canaliser cette « violence amoureuse », de la dépouiller de ses scories de la possessivité.  

Si nous ne voulons pas succomber à l'implacable tyrannie dont l'amour est capable, nous devons prendre conscience de cette violence en sommeil dans les liens d’amour, et de sa propension au despotisme. 


Tant de choses demeurent dans l'ombre de l'inconscient, qu'il est sans doute plus facile de voir le fond d'un océan quand on regarde la surface de l'eau que de saisir toutes les causes qui nourrissent une douleur au fond de l'âme. 
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Paul Dussert
Votre Psy en ligne
Autre billet autour du même thème :

Violence ordinaire d'une mère


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