vendredi 9 janvier 2015

Place des religions dans la politique

(Le billet de Loup Rebel)
« Les tromperies auxquelles se livrent les religions ne sont pas compatibles avec une libre République. »
(Spinoza,)

Du pouvoir des religions à celui des partis politiques
Le peuple est comme un enfant qui recherche la protection d’un père (réel ou symbolique), tout en aspirant à échapper à l’autorité qui restreint sa liberté. Son émancipation sera soumise à sa capacité à surmonter ses peurs pour se passer de la protection du père… et de son autorité pour respecter les règles de vie en société (la loi). Liberté rime avec responsabilité ; les deux sont indissociables.


Aristote décrivait trois formes de gouvernement. Il en existe une quatrième dont il ne parle pas : le gouvernement fondé sur la toute-puissance d'un Dieu auquel les hommes devraient se soumettre. Le système politique qui en découle est la « théocratie ».

Quatre formes de gouvernement sont donc présentes dans le monde. Les trois premières correspondent à celles d’Aristote, la quatrième, la plus archaïque, remonte aux origines des civilisations monothéistes autour de la méditerranée : 
  1. La monarchie = le gouvernement d'un seul, supposé symboliser la protection du père. Elle est désignée par l'héritage consanguin. Quand le monarque se fait « mauvais père », les révolutions ont démontré que le souverain peut être éliminé (et remplacé) quand le peuple poussé à bout par la misère et les injustices en arrive au meurtre du père dans un passage à l’acte désespéré (Louis XVI décapité, par exemple).

  2. L'oligarchie = gouvernement du petit nombre (aristocratie), désigné par l'élection. Le peuple (l’enfant) a le sentiment de pouvoir choisir des pères symboliques parmi les élites. Ce modèle a fait la preuve de ses limites, en particulier dans les surenchères de mensonges qu’imposent les joutes verbales auxquelles se livrent les candidats, dans leur désir-délire de se faire élire pour accéder au pouvoir.

  3. La démocratie = gouvernement du grand nombre, caractérisé par le tirage au sort des magistrats et son corolaire le référendum d’initiative citoyenne. C’est le peuple qui s’auto détermine. Devenu adulte et mature, le peuple rejette l'autorité et la protection que lui procurait le père symbolique incarné dans les représentant du pouvoir. Personne ne décide en son nom, car il a atteint sa majorité, synonyme de maturité.

  4. La théocratie = gouvernement dans lequel le pouvoir est considéré comme venant directement de Dieu, représenté par une caste sacerdotale ou par un souverain. Pire qu'une imposture, un gouvernement au nom de la prétendue parole de Dieu est une injure à l'intelligence humaine. L’affirmation de Nietzsche « Dieu est mort » n’a pourtant pas convaincu les milliards d’humains qui continuent à croire en ce père symboliquement parfait pour se mettre sous sa protection. Des peuples entiers la revendiquent, acceptant de se soumettre corps et âme aux chefs d’églises, les représentants auto proclamés de Dieu sur terre.
Première remarque importante : la république dans laquelle nous vivons aujourd’hui en France n’est en réalité pas une démocratie, mais une oligarchie. Et pourtant l’illusion collective perdure... quoique... gavé de discours remplis d’autant de promesses que de mensonges, la contestation d'une partie du peuple commence à s'affirmer.

La théocratie est sans aucun doute la forme de gouvernement la plus redoutable de toutes, parce qu’elle est polymorphe et dogmatique. En dehors des régimes politiques dont le pouvoir est fondé explicitement sur une doctrine religieuse, à aucun moment les dogmes théistes n’ont été éradiqués, et ils ne le seront probablement jamais, car ils possèdent la capacité de se rendre incolore inodore et sans saveur. On ne sait plus qu’ils sont là, tapis dans l’ombre, véritable vampire au service du pouvoir occulte : 

Que l’on ne s’y trompe pas, le dogme théocratique n’est pas uniquement présent dans les gouvernements typiquement religieux où il est monstrueusement visible. On en retrouve l’ADN dissimulé dans toutes les formes de pouvoir, y compris dans les républiques qui se définissent laïques. Toutes, sans exception, ont hérité des valeurs transmises pendant des siècles par les « fonctionnaires de Dieu » au service des monarchies, puis des oligarchies, considérées à tord aujourd’hui comme le modèle de la démocratie.


De tout temps :
  • la nature de l'homme est de vivre en communautés
  • croire est le propre de l'être humain
  • les croyances fondent les religions
  • les religions organisent les communautés
Contrairement aux idées reçues sur les religions :
  • ce n'est pas la croyance en Dieu qui fonde une religion,
    mais une religion peut fonder – ou pas – la croyance en Dieu
  • les croyances des partis politiques sont athéiste,
    et elles donnent naissance aux religions républicaines
  • les croyances des religions républicaines sont athéistes
  • les croyances mondialistes sont, pour la plupart, athéistes

Ainsi, croyances et religions sont depuis toujours au cœur du pouvoir politique.


Les liens entre religion et politique ont été mis en lumière par le philosophe Spinoza, dans son « Traité des autorités théologiques et politiques », en 1670.

La censure de la pensée existait déjà à cette époque : par crainte de poursuites politiques et religieuses, Spinoza publia son ouvrage sans nom d'auteur et avec une fausse adresse d'éditeur. Le livre lui fut vite attribué par les intellectuels du XVIIe siècle. L'ouvrage fut interdit aux Provinces-Unies en 1674.

Un siècle et demi plus tard, Alexis de Tocqueville, un autre penseur de la politique, publie des écrits qui apportent un éclairage sur les racines de la violence portée par les religions, aujourd'hui encore, et depuis toujours.

Une étude qui exhume un pan entier de la réflexion de Tocqueville sur la place des religions dans la politique, d'une troublante actualité.

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Quatrième de couverture
« C'est lors de son voyage aux États-Unis que Tocqueville découvre l'importance de la religion dans une société démocratique. En France, la Révolution, qui tente au même moment de remplacer les formes religieuses par des formes séculières et idéologiques, lui semble un remède pire que le mal.

Tocqueville n'aura alors de cesse de s'intéresser aux liens qui unissent dans le destin d'un peuple, le social et le politique d'un côté, le fait religieux de l'autre. Il n'aura de cesse d'étudier et de comparer les religions dans leur relation aux sociétés où elles se développent. Cette approche résolument sociologique des religions demeure radicalement moderne.

On ne peut que s'étonner que ces textes, sur l'islam, le bouddhisme, le christianisme, n'aient pas été réunis plus tôt et soient restés, pour certains, très peu accessibles. Il est vrai qu'ils sont parfois dérangeants, et souvent en désaccord avec quelques idées reçues sur le philosophe et son oeuvre. Qu'on prenne le temps de les lire, et on découvrira un pan entier de la réflexion de Tocqueville, d'une troublante actualité. »

Introduits et commentés pas Jean-Louis Benoît.
Paris : Les Éditions Bayard, 2007, 175 pp.

Document diffusé en version numérique
dans le cadre de la collection :
« Les classiques des sciences sociales »,
dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay,
Professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.

Site web : http://classiques.uqac.ca/
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque
Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi
Site web : http://classiques.uqac.ca

[Ce livre est diffusé, en version numérique,
dans Les Classiques des sciences sociales,
avec l’autorisation conjointe de
M. Jean-Louis Benoît et des Éditions Bayard,
accordée respectivement les 8 et 29 mai 2008.]

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Loup Rebel
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